Rien n'est éternel, le destin risqué de la papeterie
30 Avril 2019

Comme vous l'avez (peut-être) entendu à la radio ou à la télé Arjowiggins, un des derniers papetiers français, a fermé son usine sarthoise de Bessé-sur-Braye il y a quelques semaines. Cette usine embauchait environ 600 personnes, sa liquidation judiciaire met fin à une histoire qui date depuis plus de 30 ans. À la grande tristesse de ses collègues l'une des personnes licenciées s'est ôté la vie hier. Dans le paysage de la papeterie française c'est un drame bien sûr et 90% des imprimeurs sont touchés par cette restructuration inattendue, ils doivent, comme Papa Flamingo trouver des alternatives, réagir face à l'imprévu.

Papa Flamingo utilisait la gamme de papier recyclé Cocoon, un papier que j'amais beaucoup car il était très agréable sous la main en plus d'être 100% recyclé. En attendant de trouver une solution viable sur le long terme avec Antalis (distributeur de papier européen) qui me permette de trouver un papier 100% recyclé (des papiers rares, encore plus rares maintenant sans Arjowiggins) j'ai choisis le Munken Kristall un joli papier élégant, très blanc, il n'est pas recyclé mais dispose des labels FSC et ImprimVert donc toujours éco-responsable (je ferai un article bientôt sur les spécificités des labels dans le monde de l'imprimerie). Revenons à nos moutons...

Le 15 Avril 2019 un autre drame s'est produit : Notre Dame de Paris a pris feu. Monument hautement symbolique pour la France, que j'appréciais beaucoup personnellement en tant que bon catholique versaillais (oui, je suis un cliché ambulant). Ce monument qui a toujours été là (800 ans c'est pas mal quand même) que j'ai toujours connu rayonnant et splendide est parti en fumée en une nuit. Alors bien sûr il en reste une bonne partie, et puis on va la reconstruire, quelque part on est obligé : c'est Notre Dame... Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse...

Le soir où ce deuxième drame est survenu, j'étais moi-même étonné de ne pas être accablé de tristesse, au contraire, j'ai eu un rayon de clarté dans mon esprit. Ces deux événements rapprochés mon fait comprendre de manière assez nette que : Rien n'est éternel. Certains me diront "Certes, obvious", personnellement je ne vois rien d'obvious là dedans, quand on voit l'impact qu'ont eu ces deux événements et l'accablement des centaines de milliers de personnes qui se sont sentis concernés et choqués de la soudaineté de la nouvelle.

Laissez-moi préciser mon propos : ce que vous pensez être stable, sûr et sur lequel vous comptez sans y penser s'écroulera peut-être sous vos pieds sans prévenir. Vos données stockées sur votre ordinateur ne sont pas autant en sécurité que vous ne pensez, du jour au lendemain votre disque dur peut faire un malaise, vos clients réguliers peuvent à tout moment aller voir ailleurs simplement par curiosité de la nouveauté, votre grand copain de toujours avec qui vous comptiez faire mille voyages peut se trouver une copine plus tôt que prévu et vous passerez en deuxième plan sans le voir venir. Vous même, vous mourrez probablement plus tôt que vous ne pensez pour la simple et bonne raison que, comme moi, vous ne pensez jamais à la fin. Je pensais avoir le temps de faire... plein de choses ! Mais non, personne ne possède le temps, la seule chose que je puisse faire c'est choisir les actions essentielles pour avancer sans m'éparpiller. En tant qu'entrepreneur je me suis fait cette réflexion : plutôt que de devoir résoudre les problèmes et être ainsi victime du temps qui passe : devancer les évènements pour ne pas qu'il y ait de problèmes. Prepare for the rainy days as the old stoïc saying goes.

Je termine (comme le veut la règle) par une citation de l'astronaute américain Jim Lovell (avec une tournure très américaine mais assez éclairante) : "There is 3 types of people in the world, people who make things happen, people who watch things happen, people who wonder what happened."

Thibault Catalot